Le canari commence à tousser. Un whitepaper publié fin mars par Google Quantum AI vient de rebattre les cartes sur la menace quantique pesant sur Bitcoin : moins de 500 000 qubits physiques suffiraient pour casser la cryptographie qui protège le réseau, soit environ dix fois moins que les estimations précédentes. Aucune machine n’en est là aujourd’hui, mais avec près de 7 millions de BTC posés sur des adresses vulnérables, l’horloge tourne un peu plus vite que prévu.
La menace quantique sur Bitcoin se chiffre désormais à 500 000 qubits
Le document de 57 pages est cosigné par Justin Drake de l’Ethereum Foundation et le cryptographe de Stanford Dan Boneh. Leur cible : le problème du logarithme discret sur courbe elliptique (ECDLP), le verrou mathématique qui empêche de remonter d’une clé publique à une clé privée. L’algorithme de Shor, exécuté sur un ordinateur quantique suffisamment puissant, pulvérise ce verrou. La nouveauté, c’est le devis révisé à la baisse : environ 1 200 qubits logiques, moins de 500 000 qubits physiques et un temps de calcul de l’ordre de quelques minutes.
Les travaux précédents évoquaient jusqu’à 13 millions de qubits pour y parvenir. La barre vient donc de chuter d’un facteur dix.
Les machines actuelles plafonnent à quelques milliers de qubits physiques bruités, très loin du compte. IBM vise cependant son premier ordinateur tolérant aux fautes pour 2029 avec son projet Starling (200 qubits logiques), et les capacités matérielles doublent tous les un à deux ans selon les estimations du secteur. Justin Drake a d’ailleurs relevé début juin ses probabilités personnelles d’un « Q-Day », le moment où la cryptographie classique céderait face à un ordinateur quantique opérationnel.
Ce n’est pas une menace pour demain matin. Mais ce n’est plus de la prospective lointaine non plus.
7 millions de BTC exposés à ciel ouvert
La spécificité de Bitcoin dans ce scénario, c’est son registre public. Toute adresse ayant déjà dépensé des fonds expose sa clé publique sur la blockchain, visible par n’importe qui. Idem pour les adresses issues des premiers formats du réseau.
Galaxy Digital chiffre à environ 7 millions le nombre de BTC concernés. Au cours actuel, cela représente près de 470 milliards de dollars. Dans ce stock se trouvent les fameux 1,1 million de BTC dormants attribués à Satoshi Nakamoto.
Les adresses modernes qui n’ont jamais émis de transaction sont mieux protégées : leur clé publique reste masquée derrière un hachage. Mais une bonne partie du réseau fonctionne encore sur des formats anciens.
Pour comprendre l’écart qui reste à combler, un repère concret : en avril 2026, Project Eleven a décerné son Q-Day Prize (1 BTC de récompense) au chercheur italien Giancarlo Lelli pour avoir cassé une clé de 15 bits sur un ordinateur quantique accessible au public. C’est un record, 512 fois supérieur au précédent (6 bits). Mais chaque bit supplémentaire double la difficulté. Les 256 bits d’une clé Bitcoin restent hors d’atteinte pour l’instant.
BlackRock ne s’y trompe pas pour autant : le prospectus de son ETF IBIT mentionne le risque quantique depuis mai 2025. C’est un signal à prendre au sérieux. J’en parlais également dans mon analyse sur le Bitcoin Security Consortium, les 15 M$ levés par BlackRock, Coinbase, Fidelity et Strategy contre la menace quantique.
BIP-360 et BIP-361 : la riposte est déjà sur la table
La communauté Bitcoin ne reste pas les bras croisés. Deux propositions d’amélioration du protocole (BIP) structurent la réponse.
BIP-360 introduit un nouveau type d’adresses résistantes au quantique, nommées P2QRH. La première implémentation a atteint un testnet en mars 2026 grâce à BTQ Technologies.
BIP-361, déposé mi-avril par Jameson Lopp (directeur technique de Casa) et cinq autres développeurs, va plus loin : les adresses vulnérables seraient progressivement désactivées, et les coins non migrés cinq ans après l’activation seraient gelés. C’est radical. Lopp l’assume, avec une formule qui résume son positionnement :
« Les mineurs quantiques n’échangent rien, ce sont des vampires qui se nourrissent du système. »
J’avais détaillé la mécanique de cette proposition dans mon article sur le BIP-361 et le gel de 420 milliards de BTC pour contrer la menace quantique.
Le gel divise la communauté. Certains y voient une confiscation contraire à l’esprit du protocole (pas de touche aux coins de Satoshi, pas d’intervention sur la propriété privée). Une proposition complémentaire, publiée début mai, offre une porte de sortie : prouver la propriété d’anciens coins sans les déplacer, grâce à une preuve cryptographique. Cela s’appliquerait y compris aux coins de Satoshi.
Ce que ça change pour toi
La cryptographie à courbes elliptiques ne protège pas que Bitcoin. Elle sécurise aussi les échanges TLS (HTTPS), les systèmes bancaires et une bonne partie des infrastructures d’État. Ces acteurs corrigeront leurs systèmes en silence, dans leurs cycles internes de mise à jour.
Bitcoin, lui, mène sa migration en public. Code ouvert, débats sur la liste de diffusion, propositions BIP ouvertes à la critique. C’est sa force et sa contrainte : chaque changement doit passer par un consensus communautaire, ce qui prend du temps.
Concrètement, voilà ce que ça signifie pour toi si tu détiens du Bitcoin :
- Si tes BTC sont sur une adresse moderne (P2WPKH, P2TR) qui n’a jamais émis de transaction sortante, ta clé publique n’est pas exposée. Tu es dans la catégorie la moins vulnérable.
- Si tu utilises une vieille adresse P2PK ou si ton adresse a déjà signé une transaction, ta clé publique est visible on-chain. Le risque n’est pas immédiat, mais tu devrais planifier une migration vers une adresse post-quantique dès que le standard sera disponible.
- Les exchanges et wallets custodial (Binance, Coinbase, etc.) migreront leurs systèmes de leur côté. Tu n’as pas forcément la main sur le timing si tes coins sont en garde.
La menace n’est pas pour 2026. Mais l’écosystème se prépare maintenant parce qu’une migration Bitcoin à l’échelle mondiale prend des années. Comme je le signalais dans mon analyse sur les risques identifiés par Michael Saylor autour du Bitcoin, le risque quantique figure explicitement dans les scénarios que les grands détenteurs prennent au sérieux.
La même logique s’applique à Ethereum : Justin Drake, cosignataire du whitepaper Google, travaille des deux côtés du sujet. Tom Lee (Fundstrat) et la réorientation des capitaux IA vers Ethereum illustrent d’ailleurs que les grandes blockchains sont scrutées de près sur leur capacité à s’adapter aux chocs technologiques à venir.
Mon avis
À mon avis, ce whitepaper de Google est le signal d’alarme le plus concret à ce jour. Pas parce que la menace est imminente, mais parce que diviser par dix l’estimation des ressources nécessaires change la temporalité du problème. Un acteur étatique ou privé avec des moyens suffisants pourrait atteindre le seuil plus tôt que prévu. Le fait que BlackRock le mentionne dans ses prospectus légaux dit beaucoup. Je pense que la question n’est plus “est-ce que ça arrivera ?” mais “combien de temps reste-t-il pour migrer ?” Et sur ce point, l’écosystème Bitcoin a encore beaucoup de travail devant lui.
Information & avertissement
Source principale : Journal du Coin, article de Magali, publié le 28 juillet 2026. Les performances passées et les estimations techniques citées ne préjugent pas des développements futurs.
Ces informations ont un caractère purement informatif et ne constituent pas un conseil en investissement. Avant toute décision, faites vos propres recherches et consultez un conseiller en gestion de patrimoine indépendant (CGPI) ou un conseiller en investissement financier (CIF) agréé.
FAQ
Qu’est-ce que la menace quantique pour Bitcoin concrètement ?
Un ordinateur quantique suffisamment puissant pourrait utiliser l’algorithme de Shor pour déduire une clé privée Bitcoin à partir de sa clé publique. Le whitepaper de Google Quantum AI estime que moins de 500 000 qubits physiques suffiraient, contre 13 millions dans les estimations précédentes. Aucune machine actuelle n’atteint ce seuil.
Quels BTC sont réellement exposés à la menace quantique ?
Environ 7 millions de BTC selon Galaxy Digital : des adresses dont la clé publique est visible sur la blockchain (adresses ayant déjà effectué une transaction sortante, ou adresses de type P2PK issues des débuts du réseau). Les adresses modernes qui n’ont jamais dépensé restent mieux protégées.
Qu’est-ce que le BIP-360 et le BIP-361 ?
Le BIP-360 introduit un nouveau format d’adresses résistantes au quantique (P2QRH). Le BIP-361, déposé par Jameson Lopp et d’autres développeurs, prévoit le gel des coins non migrés cinq ans après l’activation du protocole. Ces deux propositions sont en cours de discussion au sein de la communauté Bitcoin.
Quand pourrait arriver le Q-Day, le jour où Bitcoin devient vulnérable ?
Il n’y a pas de date précise. Les experts parlent d’une fenêtre entre 2030 et 2040, avec de fortes incertitudes. IBM vise un ordinateur tolérant aux fautes à 200 qubits logiques pour 2029, mais les 1 200 qubits logiques nécessaires pour casser Bitcoin restent un cap encore lointain. Le meilleur record public actuel porte sur une clé de 15 bits, très loin des 256 bits d’une clé Bitcoin.
Est-ce que les autres blockchains comme Ethereum sont aussi concernées ?
Oui. Ethereum utilise la même cryptographie à courbes elliptiques. Le risque quantique s’applique à l’ensemble des actifs dont la sécurité repose sur l’ECDLP. Les co-auteurs du whitepaper Google incluent Justin Drake de l’Ethereum Foundation, ce qui confirme que le sujet est pris au sérieux des deux côtés.



